De Barrow à Nome

16 Août 2013 | Commentaire | Dernière publication

Mercredi 31 juillet, Barrow

Nous sommes à Barrow, là où l’été dure une semaine... Je crois que c’était la semaine passée! Il fait aujourd’hui 8 degrés et c’est au-dessus de la moyenne! Un brouillard pénétrant entoure Balthazar ancré dans «Elson Lagoon». Nous sommes à une dizaine de milles de la ville, éloignés de tout mais bien protégés des vents d’Ouest. Ces vents d’Ouest apportent sur la côte, devant la ville, là ou nous pourrions ancrer à quelques centaines de mètres du centre-ville, une quantité impressionnante de growlers de toutes les formes et crée un amoncellement de glace bien dense. On annonce des vents d’Ouest pour encore quelques jours.

Hier, nous avons reçu un accueil incroyable d’un petit groupe de résidents de la ville. Grace à la collaboration d’un radio amateur de Winnipeg, Peter Semotiuk, amateur du Grand-Nord, nous avions les coordonnées d’un biologiste, Craig Georges, résident de Barrow. Craig étant à l’extérieur de la ville pour quelques jours, c’est sa conjointe Cyd ainsi qu’un collège Todd qui nous ont accueillis et nous ont même donné une coup de main avec les autorités pour les douanes et l’immigration. Ils travaillent ici comme chercheurs, biologistes pour la plupart. 

Avec Cyd et avec une bande d’amis fort sympathiques, nous sommes allés dîner au restaurant chez «Pépé’s». Ensuite elle nous a laissé chez elle où nous avons pu prendre une bonne douche chaude, laver nos vêtements et même faire un saut à l’épicerie. Merci beaucoup!

Nous devons maintenant attendre que la glace se retire et que les vents soient calmes pour ancrer devant le village. De là, en faisant des allers-retours en annexe, nous pourrons faire le plein d’eau, de carburant diésel et de nourritures. 

Notes:

  • Barrow est une ville de 4700 habitants dont 65 % sont Inupiat. 
  • La ville semble s’être développée autour de l’industrie pétrolifère de Prudoe Bay. 
  • Barrow est a environ 1200 milles du Pôle Nord
  • Il nous reste environ 1200 milles à faire pour Sand Point, là ou s’achève notre périple de cet été.
  • Pourquoi il n’y a pas de feux-d’artifices le 4 juillet, jour de la fête nationale?  Parce qu’il fait jour 24 h!

Claire et Guy


Lundi 5 août 2013,

Aujourd’hui, la navigation se fait sous une pluie (voire de la neige) intermittente. Température extérieure 3 C. Température intérieure 17 C.  Tout est gris; la mer, le ciel et l’horizon. Parfois d’un gris si monochrome, que nous les confondons. Le vent est du Nord à 12 noeuds en moyenne. Enfin, les voiles portent et nous avançons en moyenne à 5 noeuds. Être sous voile est moins exigeant qu’à moteur, nous n’avons pas à tenir la barre car le régulateur d’allure fait le travail. Quel plaisir de ne pas entendre le moteur! Le soleil nous manque. Il s’est heureusement montré toute la journée de samedi à Barrow. C’était la seule journée ensoleillée en 10 jours. Et là, c’est reparti de plus belle pour le gris. 

Le vent et la glace à Barrow nous ont fait mouiller l’ancre dans le lagon un peu loin de la ville. Nous y sommes restés 3 jours à attendre. Jeudi dernier la météo plus clémente et la disparition de la glace devant la ville nous ont permis de mouiller directement devant le village à proximité de la station d’essence et du super marché. En 3 jours nous avons fait le plein de tout ce dont nous avions besoin. 

Hier, dimanche nous avons levé l’ancre. Après 50 ou 60 milles de navigation, nous essayons de trouver des endroits pour passer la nuit. Tout au long du littoral, des lagons formés par de minces langues de gravier et de sable offrent parfois une bonne protection et il est possible d’y ancrer. Mais les passes d’entrées sont souvent peu profondes. Les fonds changent avec les années et les cartes nautiques ne sont pas à date. De plus la position en longitude et latitude des cartes est souvent décalée de plusieurs centaines de mètres. Si on ajoute à ça une visibilité souvent réduite par le brouillard et la pluie, nous avons là des fins de journée un peu stressante.

Nous accumulons un peu de fatigue, mais le moral est bon à bord. Pendant que j’écris ces lignes, il tombe de petits grêlons! Je me surprends parfois à rêver de vents d’alizés, de cocotiers et de belles grandes traversées sous les tropiques!

Guy

Dans la gueule du loup!

Aujourd’hui, beau début de journée à la voile. Vers 14 h le vent diminue, nous ne faisons que 3.5 noeuds. Nous calculons arriver à « Akoliakatak Pass » vers 2 h du matin et nous sommes un peu fatigués. Nous décidons de faire escale à Wainwright distant d’une quinzaine de milles et accessible plus rapidement.  Un ami nous avait conseillé de demander de l’aide pour embouquer la passe et avoir accès au lagon.  Dès 15 h nous appelons Wainwright et nous avons la communication radio avec Wainwright Rescue. Nous leur faisons part de notre intention d’entrer dans le lagon et nous leur demandons de l’aide pour passer au travers les hauts fonds sans nous échouer. La réponse fut positive — pas de problèmes, vous pouvez entrer au sondeur — oui, mais l’approche semble difficile que je leur dis et nous avons besoin d’un minimum de 5 pieds d’eau. OK fut la réponse, nous serons là avec un bateau et nous vous attendons vers 17 h. 

À 17h10 nous sommes devant ce qui nous semble être l’entrée. Une entrée utilisée par plusieurs voiliers avant nous. Nous attendons en mer que le bateau de la Rescue se présente. Il se présente une heure plus tard et nous fait signe de le suivre pour entrer. Nous sommes soulagés bientôt nous ancrerons dans le lagon pour une bonne nuit de sommeil.

(En rouge le trajet en suivant le bateau accompagnateur. Les triangles sont les points donnés par le capitaine d'une barge local. La carte est décalé en longitude et latitude mais les points sont bon!)

Sur nos cartes nautiques, la profondeur moyenne est de 7 à 10 pieds avec quelques hauts fonds à 3 pieds que nous voulons éviter! Nous suivons donc les « pros » du coin qui connaissent bien cette passe. Les vagues déferlent à notre bâbord ainsi que sur tribord. Nous sommes dans la passe, le sondeur indique 7, puis 6, puis 5, puis 4, puis 3 pieds, puis 2,6... bordel de m.... y’a pas d’eau. Nous touchons... la dérive du safran remonte... la barre est dure et nous toucherons comme ça sur une centaine de mètres avant de retrouver assez d’eau.  Tabarn...#%$@@!&):*&?!

Pas besoin de vous dire que je suis en beau « Joual vert »! Finalement, nous arrivons  dans 15 pieds d’eau, le bateau accompagnateur se rapproche. Nous lui faisons part de notre incompréhension et nous répond que «c’est comme ça quand il vente du nord — il n’y a pas d’eau!» Oui, mais pourquoi nous avoir accompagnés dans ce piège à con???  De plus ils nous disent d’ancrer là, dans le chenal et non dans le lagon, car il n’est pas accessible par vent du nord... #$?%&?$%$. 

Nous v’là donc ancré dans le chenal d’accès au lagon, entre le lagon où il n’y a pas d’eau et la sortie où il n’y en a pas non plus! À la question comment sortirons-nous d’ici, la réponse fut: «Il faut attendre quelques jours que les vents du Nord ( ceux qui nous font bien avancer vers le sud ) cessent pour faire place aux vents du Sud, là vous pourrez ressortir, car il y aura un peu plus d’eau.» Oui, mais pourquoi ne pas nous avoir dit tout ça ...AVANT! J’suis toujours en beau joual vert!

Avec leur bateau moteur ils s’approchent un peu plus, probablement pour voir si tout est correct... Ils réussissent avec beaucoup de dextérité à prendre le pied de leur moteur dans notre chaîne d’ancre, le courant les pousse sur nous et ils frappent la coque de Balthazar... c’est le comble de la bêtise!

Quelle sera la suite... nous verrons demain matin!

Écrire ce petit mot m’a aidé à me défouler... excusez là!  

Guy

PS: prévision météo pour les 4 prochains jours... vents du Nord!


 

Mercredi 7 août, mer de Chukchi

Nous sommes sortis ce matin de la passe de Wainwright sans encombre et grâce à l’aide d’un bateau commercial qui connaissait les « waypoints » pour sortir de là. L’entraide qui existe entre bateaux de toute forme et de toute origine est un vrai bonheur! Merci capitaine Mike pour votre aide!!! Ce fut un réel soulagement pour nous de sortir de cette impasse.

11 h 

Nous faisons route maintenant vers le sud-ouest, à moteur et voile, car le vent n’est pas très fort. La mer est douce et confortable, mais nous envisageons de nous arrêter pour la nuit près de la côte, car la barre est rendue difficile à cause de la dérive du safran qui est légèrement remontée. Guy a essayé de la remettre en place avec la gaffe, mais n’a pas réussi à la remettre à sa place à 100 %.

13h

Nous filons maintenant sous voiles. Le régulateur d’allure fait son travail et nous n’avons pas à tenir la barre. Nous avançons entre 4 et 5 noeuds dans la bonne direction.

Bref, le voyage continue de plus belle et nous serons à Nome d’ici 6 à 8 jours selon la météo. Hier nous avons discuté de la possibilité de sortir le bateau là pour cette année. Nous avons communiqué par courriel avec des amis qui y ont laissé le leur l’hiver dernier et ils nous ont fortement déconseillé de le faire. Nous continuerons donc plus au sud , comme prévu, pour tenter de rejoindre Sand Point, qui se trouve beaucoup plus au sud, dans les îles Aléoutiennes.

16h30

Nous passerons cette nuit en mer. Nous continuons jusqu’à Pointe Hope où nous passerons la nuit et repartirons le lendemain pour profiter de ces bons vents du nord. Pendant notre arrêt forcé, j’ai eu le temps de faire du pain et de préparer des côtelettes  et légumes en cocotte. Il ne reste qu’à faire réchauffer.

Claire

Point Hope, vendredi 9 août 2013

Mercredi matin, après nous être remis de nos émotions d’une entrée plus que hasardeuse à Wainwright l’avant-veille, nous sortions allègrement de l’impasse grâce à de bons «Waypoints». 

Navigation de Wanwright à Point Hope (suite).

Les conditions de voile, en ce jeudi matin, sont bonnes. Nous filons à bonne allure.

En après-midi, le vent augmente. La mer grossit. Nous subissons notre premier coup de vent de l’été et le vent s’établit à une trentaine de noeuds sur l’arrière (prévisions 22 noeuds). La mer devient grosse et même très grosse, impressionnante!*  

La température extérieure se maintient à 8 C, les nuages sont à fleur d’eau et il tombe une pluie froide. En fin d’après-midi nous naviguons au vent arrière sous grand-voile à 3 ris et le Génois avec tangon sur tribord. 

Après avoir empanné la grand-voile pour changer légèrement de cap nous décidons d’installer le tangon sur bâbord pour conserver une bonne stabilité de route. Se déplacer sur le pont dans cette mer démontée est laborieux et au moment où nous nous apprêtions à mettre le tangon en place, Guy me regarde et dit: «la mer est beaucoup trop grosse pour cette manoeuvre et le vent est trop fort nous n’avons pas besoin d’une voile de plus!». Nous rangeons le tangon et continuons sous grand-voile avec la voile d’avant (génois) bordée bien plate dans l’axe du bateau. 

Nous filons malgré ce peu de surface de voile à entre 6 et 8 noeuds et la mer est de plus en plus grosse et agressive. Nous faisons de multiples embardées décidons d’affaler la grand-voile et de ne garder qu’un petit bout de génois à l’avant. Ouf! Nous stabilisons ainsi Balthazar sur sa route et les 3 dernières heures, avant de doubler la pointe (Pointe Hope), sont beaucoup plus calmes même si les conditions de vent et de mer ne s’améliorent pas!

À minuit quinze, nous ancrons sous le vent de Pointe Hope pour une nuit de repos bien méritée.

  • La mer de Chukchi, comme beaucoup de mers qui ne sont pas des océans, est peu profonde et bordée par des côtes pas très lointaines. Il s’y lève des vagues qui n’ont aucune mesure avec la force du vent. Dans l’océan pacifique, par exemple, le vent prendra plusieurs jours pour lever une mer semblable à ce que nous avons vu lever en quelques heures en mer de Chukchi.

Guy

 

Samedi 10 août, 

Nous naviguons aujourd'hui sous voile et sous régulateur d'allure. C'est bien, car nous n'avons pas à barrer le bateau et nous pouvons rester à l'intérieur pour nous abriter de la pluie et du froid. Il fait quand même moins froid maintenant, à mesure qu'on va vers le sud (aujourd'hui 8 degrés). La mer est douce et on prévoit passer le détroit de Béring demain par temps doux. Heureusement, car il n'a pas bonne réputation par vent fort!

 

Dimanche 11 août,

Détroit de Béring

À l’approche du détroit le temps se gâte un peu. Bien sûr, il pleut! Le vent augmente un peu, la mer aussi. Nous voyons sur tribord les Îles Diomède, la grande est russe et la petite, 3 km à l’est, est états-unienne. À bâbord le Cap Prince of Wales (POW pour les intimes) se profile à l’horizon. 

À minuit trente, après une navigation d'une quarantaine d'heures, nous nous ancrons juste au sud-est du Cap Prince of Wales devant le village abandonné de Tin City, après avoir franchi le détroit de Béring dans des vents catabatiques furieux.  


Lundi 12 août

Aujourd'hui, c'est la plus belle journée depuis fort longtemps. Il fait un soleil radieux, chose assez rare, et même qualifié d’exceptionnel par les gens du coin! Balthazar est aux pieds de montagnes de plus de 2000 pieds, et la verdure présente nous stimule et nous attire vers ces sommets. 

Nous avons mis l'annexe à l'eau et allons marcher dans ce petit paradis. Pendant notre ascension, nous remarquons quantité de crottins d’animaux qui marque la présence de  caribous, de boeufs musqués et peut-être d’ours? Nous continuons notre randonnée en restant à l’affut des mauvaises rencontres et allons vers ce qui nous semble une habitation dans la montagne. 

Surprise, ce n'est que l'immeuble abritant le mécanisme d’un défunt remonte-pente, style gondole ! Mais, de là, nous avions une vue étendue sur l’autre versant qui nous montre d'autres immeubles et antennes paraboliques que nous nous sommes empressés d'aller visiter. Nous avons eu la surprise d’y rencontrer le responsable d’un groupe de travailleurs. Il nous confirme la présence fréquente de caribous et de boeufs musqués (que nous n’avons pas vu encore!) mais nous affirme qu’il n’y a pas d’ours. Nous apprenons aussi que nous sommes sur une base des US air force (base secrète hihi). Il ne faut pas oublier que la Russie est juste de l'autre côté du détroit, à moins de 100 km.

À notre retour, en fin d’après-midi, il fait plus de 20 C à l’intérieur de Balthazar. Le thermomètre extérieur indique 30 C au soleil! C’est l’été! Nous en profitons pour faire un brin de toilette au grand air!

Après souper, nous retournons à terre pour explorer la plage. Un couple inuit arrive en 4X4 avec leur petite fille endormie dans les bras de sa mère. Celle-ci nous raconte que la semaine dernière, elle a assisté, sur cette plage, à l’arrivée d’une traversée à la nage du détroit de Béring dont plusieurs pays participaient. Les nageurs (ses) entraînés pour cette dure épreuve arrivaient sur la plage complètement frigorifiés mais réussissaient à tenir le drapeau de leur pays respectifs!

Elle nous raconte aussi que les gens d’ailleurs pensent que les inuits vivent encore dans des igloos! Elle précise que dans son village qui se trouve sur le versant Nord de la montagne, labouré par tous les vents, ils ont toutes les commodités. Elle me décrit, avec fierté, tout son confort: maison chauffée, eau, électricité, câble téléphonique et télévisuel, internet, etc.

 

Mardi 13 août, température extérieur 10 C, un peu de soleil.

Nous longeons la côte découpé de hautes montagnes brunes et grises éclairées par un soleil éclatant. Le vent est bon et nous pousse entre 5 et 6 noeuds, vitesse un peu réduite à cause d’un courant contraire de plus de 1.5 noeud. 

Après le dîner, le vent tombe complètement. Nous partons le moteur pour continuer cette douce navigation côtière et mouiller l’ancre en fin d’après-midi.

 

Il nous restera un peu moins de 100 milles à faire pour rejoindre le port de Nome que nous atteindrons jeudi ou vendredi.

17h, ancré face à la longue presqu’île qui forme Port Clarence

Claire et Guy

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