Le voyage

L'équipage

Guy Lavoie
La première fois qu’il a posé les pieds sur le pont d’un voilier, Guy est tombé passionnément amoureux de la voile. Dès cet instant, naît en lui le désir un peu fou de faire le tour du monde à la voile. Nous sommes en 1978, Guy a 19 ans et, avec cette idée de partir découvrir le monde bien ancrée en lui, il devient apprenti marin.
D’abord dans les livres qu’il dévore : récits d’aventuriers des mers, B-A BA de la navigation et bouquins spécialisés; puis sur un chantier. Tenace et volontaire, il construit Balthazar, un voilier de 10,5 mètres, qu’il mettra à l’eau en 1994 après sept ans de travail!
Autodidacte, il travaillera dans plusieurs domaines (infirmier, construction de bâtiment, éducateur, vente) avant de devenir propriétaire d’une imprimerie, navigateur et cinéaste-conférencier.

Claire Roberge
Diplômée en éducation physique, Claire aime tout ce qui se rattache au plein air et à l’environnement. Adepte du canot camping, elle découvre la voile avec Guy et adhère peu à peu à son grand rêve. Qui prend mari, prend la mer! Cette vie plus simple et en harmonie avec la nature, c’est aussi celle qu’elle souhaite pour ses deux filles. Sourire, bonne humeur et joie de vivre en font une conférencière appréciée!

Chloé Lavoie-Roberge
Née le 17 février 1990 à Montréal, Chloé a deux ans lorsque ses parents quittent la ville pour s’établir à la campagne, plus précisément à Saint-Jacques-le-Mineur. Pendant le voyage, elle réalise avec beaucoup de professionnalisme un reportage pour les élèves d’une école de Montréal. Outre le dessin, Chloé, curieuse de tout, adore lire et écrire. Elle écrira de très beaux poèmes durant le voyage et tiendra fidèlement son carnet de bord. Chloé termine sa troisième année scolaire en juin 1999 sur terre et commence sa quatrième année sur Balthazar.

Joëlle Lavoie-Roberge
Née le 1 er septembre 1992 à Saint-Jacques-le-Mineur, c’est à la campagne que Joëlle découvre la vie. Depuis l’âge de 18 mois, elle navigue chaque été sur le lac Champlain où ses parents répètent les grandes manœuvres en prévision de leur tour du monde. Elle aime le dessin, la natation et grimper au mât pour admirer la vaste étendue qui s’offre à elle. Elle aidera grandement son papa sur le bateau, il faut dire qu’elle est tombée dedans très jeune! Joëlle termine sa première année d’école en juin 1999 sur terre et commence sa deuxième année sur Balthazar.

Une année d'essai
Partir en bateau, c’est surtout adhérer à un nouveau mode de vie. Je m’étais donné un an pour voir si j’allais aimer cette vie. Ça me donnait un espace intérieur pour me concentrer sur le moment présent. On ne devient pas nomade en un jour! Il faut apprivoiser l’idée lentement, se détacher peu à peu de la vie à terre et de ses commodités (mais aussi de ses exigences) pour s’ouvrir avec bonheur à autre chose.

Partir pour le plaisir m’apparaissait d’abord futile. D’où me venait ce sentiment d’avoir besoin d’une permission ou d’une approbation pour vivre… simplement? On est souvent prisonnier d’un modèle de vie, qu’il nous convienne ou pas, le fait de sortir de cette norme est plutôt déstabilisant. Il fallait me détacher doucement d’une foule de concepts (accepter de vivre sans travailler, sans domicile fixe, etc.) pour accueillir ce nouveau mode de vie en toute sérénité.

J’avais besoin de me sentir utile. Ce besoin fut comblé, en partie, par notre site Internet qui m’a permis de partager notre voyage. Au début, cette idée de site internet était pour moi une façon de donner des nouvelles à nos parents et amis. Mais bien vite, une affluence inattendue nous a fait réaliser l’importance de ce partage. Des gens de toute la francophonie nous écrivaient et d’une certaine façon, nous accompagnaient dans notre voyage. J’ai compris que c’était à notre tour de nourrir le rêve chez les gens. Cet échange avec les internautes a été et demeure pour moi une expérience des plus enrichissantes. Je pouvais ainsi garder un lien avec la terre et j’y puisais les encouragements nécessaires et la force de continuer. Chaque message nous donnait l’énergie nécessaire pour aller de l’avant!

Après quelques semaines, j’ai vite réalisé que nous n’étions pas en vacances! Il y a un prix à payer pour vivre de cette façon. Les corvées sont nombreuses et ont tendance à s’accumuler. Il faut apprendre à gérer son temps de façon différente. Les courses à l’épicerie sans voiture, la lessive sans machine, le plein des réservoirs d’eau et les entretiens divers prennent un temps considérable.

Ce qui nous aidait à supporter l’inconfort de la mer et les aléas de la vie à bord, c’est l’incroyable sentiment de liberté que nous éprouvions, d’aller où bon nous semble et de faire ce que l’on veut de nos journées. Mais c’est aussi la fabuleuse couleur de la mer qui varie au gré des mouillages, la proximité de l’eau et de ses richesses, et l’excitation de partir vers des lieux inconnus. Bref, tout ce qui compose la magie du voyage.

Même si l’éducation scolaire de nos enfants exigeait une énorme discipline quotidienne, nous aimions avoir le privilège de leur enseigner et de les voir se développer à nos côtés. Mais surtout, nous vivions une vie plus simple en harmonie avec nos aspirations ; passer plus de temps en famille et profiter de chaque minute. Après quelque temps vécu à bord, les besoins changent et la vie se simplifie.

La première année
Je savais que la première année était capitale pour la suite du voyage. Il n’était pas question de se lancer en mer à la première occasion. Des conditions de mer inconfortables et un mauvais coup de vent auraient pu tout remettre en question. Notre expérience de la navigation sur l’océan était nulle, mieux valait y aller graduellement et avec beaucoup de prudence. C’est ce que nous avons fait pendant les premiers mois, en empruntant les canaux et rivières des bien connus ICW (IntraCoastal Waterway) et en pratiquant une navigation simple vers le Sud.

C’est ainsi, en évitant les écueils de la météo, mille après mille, d’île en île, d’amitiés en découvertes que se dessinait le sillage de Balthazar jusqu’aux portes du Panama, quelque 17 mois plus tard.


On continue
Devant nous le Pacifique, c’est l’ultimatum. Une fois les écluses du canal de Panama traversées, aucun retour en arrière possible. Ce passage dans le Pacifique m’apparaît comme une immense porte à franchir. Ça implique de renoncer à revoir le Québec, la famille et les amis durant trois ans. On traverse ou on rebrousse chemin? On continue ou on arrête? Comment prendre cette décision que j’ai reléguée en arrière-plan depuis le début du voyage? Je fais deux listes pour démêler les aspects négatifs des positifs.

Pour les enfants, les amis sont rares, l’entente à bord n’est pas à son meilleur, c’est petit un voilier de 35 pieds! La vie de nomade n’est pas toujours de tout repos. Mes moments d’intimité avec Guy sont comptés et la vie de couple en prend pour son rhume. Mais d’un autre côté, comment arrêter cette aventure qui m’enrichit chaque jour un peu plus? Le sentiment d’autonomie, la découverte de nouvelles cultures, la paix et le calme de cette vie de marin sont très importants pour moi.

Chloé veut continuer mais Joëlle émet quelques doutes: «Je n’avais pas le goût de laisser l’école, mes amies, ni de vendre la maison! » dit-elle.

Mais une fois ses émotions exprimées, elle affirme aimer cette vie de voyageuse. Il est primordial pour moi que nous soyons tous d’accord pour continuer. Après maintes discussions et la visite de mes parents à Panama, la décision est unanime : on continue!

La grande traversée
Malgré des moments inoubliables, la première année et demie en fut une de « stop and go ». Les navigations étaient courtes et faciles, mais je restais sur mon appétit et j’aspirais à de grandes traversées. J’en rêvais depuis très longtemps. J’allais être servi. Le 20 avril 2001, nous levions l’ancre et quittions les îles Galápagos en direction des îles Marquises, porte de la Polynésie, pour une traversée de 3000 milles nautiques. Devant l’étrave, le Pacifique Sud s’étirait à perte de vue.

En mer, nous vivons intensément chacune des journées, rythmées par le vent et la mer. La routine s’installe avec la préparation du déjeuner suivi de quelques heures d’école pour Chloé et Joëlle. Ma tâche d’enseignant de maths terminée, Claire prend la relève avec le français et j’en profite pour rattraper un peu de sommeil.


« Branlebas*, me crie Joëlle, ça mord! » Les deux lignes à la traîne sont tendues et ça éclabousse à une quarantaine de mètres derrière. Le dodo sera pour plus tard, priorité au poisson frais. Je remonte deux belles dorades coryphène (mahi-mahi) que nous dégustons à la tahitienne au dîner et au coco curry au souper.

Quand le soleil est bien chaud, je m’installe pour prendre une douche, bien calé sur la jupe à l’arrière de Balthazar, à quelques centimètres au-dessus de la mer et je m’arrose à l’aide d’un seau, d’une eau fraîche et salée.

Parfois, nous passons des jours sans ajuster une seule voile. Balthazar poussé par l’alizé du sud-est, taille sa route, d’une vague à l’autre, en direction de la Polynésie française. Je suis fier d’être là, sur cet océan. J’ai le sentiment de devenir marin un peu plus chaque jour. La mer est-elle reconnaissante à ceux qui lui démontrent du respect?

Quelquefois, l’après-midi se passe dans une douce torpeur, à lire ou relire un bon livre - Joseph Kessel, Bernard Werber ou Kallil Gibran - sans rien d’autre à faire que les manœuvres dictées par les variations du vent. D’autres jours, c’est plus agité, le sommeil tarde à arriver, les manœuvres sont nombreuses et harassantes, et parvenir à se servir un verre d’eau relève de l’exploit!

C’est là, dans les eaux du Pacifique Sud que j’ai vraiment senti une liberté m’envahir, me submerger comme une vague de fond… Une vague qui nous porta successivement du Pacifique à l’océan Indien, d’îles en continents,de l’Australie à l’ Indonésie et, dans les derniers mois, de l’Afrique à Sainte-Hélène, de l’île de l’Ascension aux Antilles et jusqu’à New York, avant d’accoster au quai de la marina Gosselin, à Saint-Paul-de-L’île-aux-Noix, au sud du Québec, le 26 juin 2004.



 

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En 2012-2013, une navigation à la voile de Gaspé jusqu’à la mer de Béring à la rencontre des peuples du Nord. En Alaska depuis 2013.
Balthazar - Un tour du monde en famille
De 1999 à 2004 un tour du monde en famille de 5 ans. Un voyage à bord du voilier Balthazar sur 3 océans et 34 pays. Une ouverture sur le monde en respect et en harmonie avec la nature.

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