De Inuvik à Barrow

30 Juillet 2013 | Commentaire | Dernière publication

Mercredi 10 juillet,

Aujourd'hui beau soleil. Pas trop froid malgré le vent du Nord qui souffle entre 25 et 30 noeuds. Il fait 10C.

Nous sommes ancrés depuis lundi soir dans le delta du fleuve Mackenzie et nous attendons patiemment que le vent daigne faiblir.

Si tout va bien, demain matin nous tenterons d'embouquer une passe étroite — hauts fonds de chaque côté, non balisée — pour ensuite suivre un embranchement du fleuve sur une distance de 30 milles qui nous mènera dans «Shallow Bay» et dans «Mackenzie Bay». Selon les rapports météo que nous recevons, il y a de la glace dans «Mackenzie Bay», qui sera probablement de plus en plus compacte, pousser contre la côte par les vents du Nord! À suivre… 

Delta du Mackenzie,  jeudi 11 juillet.

Le chenal que nous nous apprêtons à traverser demande une grande attention. D’ici, de notre mouillage, nous voyions bien l’île que nous devrons contourner, mais nous ne voyons pas la bouée qui est censée se trouver au nord de cette île. Sommes-nous trop loin pour la voir? A-t-elle disparue comme plusieurs amères introuvables le long du fleuve?

Nous avons besoin d’une bonne visibilité pour contourner cette île, car on peut voir sur la carte qu’elle est entourée de hauts fonds. L’eau du fleuve est malheureusement brune et opaque, ce qui nous empêche de voir les fonds. Depuis deux jours, un coup de vent a amené des vagues qui ne nous permettaient pas d’embouquer ce chenal étroit et difficile d’accès. Mais, ce matin, après deux jours d’attente, le ciel est bouché par un brouillard dense! Celui-ci est causé par la température plus froide d’aujourd’hui (il fait 3 degrés) qui entre en contact avec l’eau beaucoup plus chaude du fleuve. On ne nous annonce pas beaucoup plus chaud demain. On devra donc attendre encore une journée... ou deux ?

La bonne nouvelle c’est que le bateau reste sec et chaud à l’intérieur! Le confort total! 

Alors, on joue aux cartes, on lit, on écoute des films sur notre petit MacBook... Toute une aventure!?


Et pour les repas, pas de problème! Le frigo est tellement plein que nous pourrions demeurer plusieurs semaines sans manquer de rien... ou presque. Nous avons de l’eau pour deux semaines, trois semaines tout au plus. Dommage que l’eau du fleuve soit si brune, mélange de sable et d’eau ce qui élimine toute idée de consommation et même nous rebute d’y laver la vaisselle. 

C’est quand même bizarre. Nous ne sommes pas si loin de la ville d’Inuvik (50 milles au nord). On sait exactement où on est, ancré dans un des bras tentaculaires d’un vaste delta parsemé de hauts fonds. On se sent quand même au milieu de nulle part, entouré d’une nature sauvage avec quelques oiseaux ici et là, comme pour nous prouver que la vie existe au nord du cercle arctique. 

Et l’on se retrouve, Guy et moi, seuls sur notre petit bateau, dans cet endroit isolé, sans autres choix que d’attendre, d’être patients et de vivre sereinement chaque minute! 

Claire

Jeudi 11 juillet en après-midi,

Le brouillard s’est dissipé à l’heure du dîner. À 12 h 30 nous levions l’ancre pour une petite balade de 28 milles. À 16 h 45 l’ancre est mouillée par 4 m de fond. Nous sommes maintenant à quelques milles de la mer. Vous pouvez voir notre position sur notre site voilierbalthazar.ca en cliquant sur le logo « Spott ».

Shingle Point, Dimanche 14 juillet

Nous n’étions qu’à quelques milles de la mer ! Mais sortir du delta du Mackenzie n’est pas une mince affaire, surtout si on emprunte cette voie qui mène à « Shallow Bay », sortie qui nous fait gagner beaucoup en distance, mais qui demande une plus grande vigilance, vu la faible profondeur de l’eau.


C’est Dough, un pilote de remorqueur rencontré au chantier de Horizon North, qui nous a parlé de cette sortie en nous disant qu’elle était très praticable et que de toute façon, les fonds sont mous. « Je l’ai moi-même déjà emprunté », nous dit-il.  Nous sommes allés dans son remorqueur pour comparer nos vieilles cartes papiers avec les siennes qui sont plus récentes et tout semble correspondre.

Nous nous sommes levés tôt, samedi matin, fébriles à l’idée de naviguer et d’aller voir du pays. Partis à 6 h 45, nous avions 40 milles à faire et pensions arriver à Shingle Point aux environs de 15 h ou 16 h. Nos points de route (points faits à partir de la longitude et de la latitude sur une carte) relevés sur la carte papier sont tous positionnés sur les cartes électroniques même si nous n’avons pas complètement confiance en la justesse de celles-ci qui nous semblent décalées autant en longitude qu’en latitude. Qu’à cela ne tienne, nous pourrons vérifier les fonds à mesure que nous avançons et ainsi corriger les erreurs possibles.

Le pire était à prévoir ! Au fur et à mesure que nous avancons, les points de route ne correspondent plus. Premier échouement. Nous nous en sortons en poussant le devant du bateau avec notre canot pneumatique. Ç’est vrai que les fonds sont mous ! Nous devenons quand même plus prudents. Deuxième échouement ! Zut ! Rebelote, nous poussons l’étrave et sortons de ce bourbier. Nous devenons un peu plus tendus.


Nous cherchons en fait une passe qui se situe quelque part dans cette eau boueuse, opaque, sans aucun amère, ni bouée pour nous repérer. On la voit sur la carte, cette passe, mais lorsque nous tentons de l’embouquer, on touche le fond. 

Après 2 heures de zigzag à chercher ce passage qui nous semble de plus en plus inexistant, nous essayons de nouveau, et comme le dit l’adage; jamais deux sans trois ! Sauf que ce troisième échouement est décourageant ! Comment allons-nous pouvoir sortir de cette immense baie ? Je commence à imaginer la possibilité de rebrousser chemin. 

Nous nous ancrons dans un abysse de 4 mètres d’eau, on s’arrête pour dîner et on prend le temps de réfléchir. On décide de sonder les fonds à l’aide de l’annexe (canot pneumatique) et d’une perche en apportant avec nous un petit GPS muni de nos points de routes. Guy et moi virevoltons dans notre annexe volante et sautons d’une vague à l’autre à une vitesse folle pour s’arrêter à alternance de la route pour sonder. Nous sondons, 1000 mètres d’un côté à l’autre de l’endroit où devrait se trouver ce passage et faire un peu plus de 2 mètres de profond. Après plusieurs tâtonnements, et quelques heures de ce manège, nous sommes proches du découragement. Mais il faut avouer que, autour de chaque point de route, les fonds sont mous et jouent autour de 1,50 mètres à 1,70 mètres de profondeur. C’est quand même un peu plus que la profondeur moyenne environnante. On pense avoir trouvé le bon endroit pour permettre à Balthazar de passer avec dérive relevée et *dérive du safran boulonnée en position basse (1,70 mètre de tirant d’eau dans ces conditions). 

On revient au bateau et on entre à vitesse réduite dans ces fonds vaseux. Le sondeur nous indique rapidement 3 pieds ! Mais ça passe !!! Ouf ! Au final, en sortant de ce chenal, il est 15 h 30 et il nous reste 30 milles à faire dans des fonds de 2 mètres en moyenne. Le vent est maintenant levé et souffle de face à 15 noeuds levant de petites crêtes écumantes. De plus, la barre est devenue très dure, signe que la dérive du safran a décroché et remonté vers l’arrière en position haute (les nombreux échouements ont probablement eu raison du boulon de 1/4 de pouce qui maintenait la dérive basse)*. Mais c’est ce qui nous a permis de passer par un chenal de 3 pieds. Malheureusement, je n’arrive pas à tenir la barre et Guy devra barrer tout le chemin restant dans ces conditions.


Nous sommes fourbus, mais contents d’arriver à bon port, à 21h45, et nous mouillons l’ancre derrière la langue de sable de Shingle point, là ou quelques camps d’été se dressent sur une grande pointe avançant dans la mer.

                                      


  • Dans nos navigations sous les tropiques la dérive du safran était retenue par une goupille de 1/8 de pouces qui cédait facilement au besoin et qui l’empêchait de basculer vers l’arrière sans raison. Il était même aisé de la dégoupiller, en allant à l’eau, pour passer dans peu d’eau et de remettre le tout en place ensuite. Ici, dans le nord, la température de l’eau n’incite guère à la baignade, c’est pourquoi le safran est non goupillé, mais bien retenu par un bon boulon.  Guy

Claire et Guy

Mardi 16 juillet, Shingle Point

Ce matin à 8 h 30, nous avons quitté le village d’été de Shingle Point. Pendant les deux derniers jours, nous avons pu faire de belles rencontres, trop courtes, mais riches en échange et en partage. Peter et Manny, 2 frères de notre génération (entre 45 et 55 ans) nous ont exprimé l’importance et leur volonté de transmettre leurs traditions à la prochaine génération.  Ils sont de la nation Inuvialuit, leurs ancêtres sont venus du nord Alaska. Ils parlaient la langue Inuvialuit (similaire à l’inuktitut), mais depuis 2 générations, cette langue semble s’être perdue au profit de l’anglais. Heureusement, les jeunes à l’école réapprennent cette langue ancestrale, qui gardera un lien avec leur origine et leur histoire.


Le paragraphe ci-dessous a été publié seul sur FB

Hier après-midi, nous avions rendez-vous chez Mavis et Peter, un couple inuit, pour prendre le thé. Ils vivent ici pendant les vacances d'été avec toute une petite communauté formée par des membres plus ou moins rapprochés de leur famille. Tous ont apporté leur aide pour construire à chacun une petite cabane pour loger toutes ces familles. L'ambiance y est très détendue, on vit ici au rythme de la nature. La chasse et  la pêche sont les activités principales et ils profitent de cet environnement fécond pour faire le plein de poissons et de viandes séchées pour l'hiver. 

Une petite déception, en quittant Shingle Point. Nous ne pourrons pas assister à la compétition de jeux inuits (Northerm Games), rassemblement culturel qui aura lieu dans 10 jours. Les Northerm Games  sont des compétitions traditionnelles de coup de pied de précision « High kicks », de sauts à la corde, d’acrobaties où les compétiteurss’affrontent pour le plaisir, pour se rencontrer, pour perpétuer des traditions de vie, mais aussi pour encourager les habilités qui ont contribué à la survie de leur peuple dans un environnement sauvage et souvent hostile.  


photo prise à Inuvik lords d'une démonstration.

Par une belle journée ensoleillée, nous avons parcouru une cinquantaine de milles, sous voiles et nous sommes arrivés à 18 h, par 20, 25 noeuds de vent portant du NE. La température a clairement fraichi, il fait maintenant 15 degrés - il faisait 20 C à 10 h ce matin.

À notre arrivée, le gardien du parc accompagné de son mousse, à bord d’une chaloupe à moteur, sont venus nous accueillir; « bienvenue à Hershell » nous dit-il, et bang! il oublie de mettre sur le reculons et fonce carrément sur Balthazar! Accueil pour le moins percutant! Nous garderons un petit souvenir « rouillant » de notre arrivée à « Hershel Island »... Il s’excuse et nous demande combien de temps nous pensons rester ici. 

Nous nous donnons rapidement rendez-vous à terre demain matin, mercredi, pour régler tout ça. En attendant, souper de macaronis et pour le dessert, crêpes Suzette flambées au rhum! Il faut bien fêter notre arrivée dans cette île historique, là où à une époque, les baleiniers hivernaient de longs mois.

Claire

Île Herschel, mercredi 17 juillet,

À 11h, nous rencontrons Ricky, le «ranger» responsable du parc provincial qu’est l’Île Herschel. Fort sympathique, le bonhomme ! Nous rencontrons aussi une joyeuse équipe de chercheurs - pergélisol, végétation, géologie - semblent être les sujets de leurs études sur place. Chose curieuse, ils vivent tous dans un horaire où la journée commence autour de 11 h et s’étend jusqu’à 2 ou 3 h du matin ! Privilège d’une nuit qui n’existe pas ! Bref, à cette heure très matinale, 11 h, c’était l’heure de leur déjeuner. Nous sommes donc revenus sur Balthazar, ancré près de la plage, pour notre dîner. 



Le vent qui soufflait d’une quinzaine de noeuds du Nord-Est depuis notre arrivée hier,  s’est brusquement mis à virer de 180 degrés au Nord-Ouest à plus de 30 noeuds et nous mettait le cul dans moins de 2 mètres d’eau à 10 mètres de la plage.

Nous avons dû relever l’ancre (ouf) et nous reprendre par 2 fois pour se ré-ancrer sur 2 ancres, dans 4 mètres d’eau. Mouillage un peu agité, mais qui tient bien et n’est pas trop près de la plage.

Demain, si le temps le permet, nous accompagnerons les scientifiques dans leurs travaux !

Guy

Île Herschel, jeudi 18 juillet,

Hier, un coup de vent subit et aujourd’hui nous apprécions un temps beaucoup plus calme avec moins de 10 noeuds du NE. La température de l’eau de ce côté ci de l’île (côte Est) se situe autour des 10 C et du côté ouest environ 2 C. Cette différence marquante est dûe au delta du Mackenzie qui apporte son eau chaude du sud jusqu’à la côte est de l’Île Herschel. Bref nous ne souffrons pas du froid, pas encore.

Aujourd’hui, balade sur l’Île Herschel. Nommée en l’honneur de l’astronome John Herschel par John Franklin en 1826, son nom original serait Kikiaktaryuak ou Qikiqtariuk qui veut dire « grande île» en langue Inuvialuit


Sur les collines de l’île, nous avons rencontré une partie des jeunes chercheurs qui se sont fait un plaisir de nous expliquer le but de leurs travaux sur le terrain. Fascinant de voir ces jeunes scientifiques passer des heures à remuer, creuser, tarauder le sol en vue d’accomplir leurs recherches.

L’île est aussi un lieu de villégiature pour les touristes de passage. Ils souhaitent voir les animaux vivants sur l’île. Nous n’avons pas vu de caribous, ni de buffles musqués, ni de grizzli, mais plusieurs empreintes et plusieurs bouses et crottin qui prouvent leur présences. 

Nous surveillons les données des glaces et des vents que nous recevons via la radio-amateur pour un départ possible demain en direction de «Démarcation Bay» ou de «Barter Island». 

Samedi 20 juillet

Nous sommes restés une journée de plus pour tenter de voir et filmer les animaux présents sur l’île. Ce matin, jeudi, une des scientifiques nous dit qu’hier soir, elle s’est trouvée au milieu d’une chasse à l’ours ! Elle et une de ses consoeurs s’était éloignée dans les collines, à un ou 2 km du campement, pour leurs travaux et un des «rangers» a vu un Grizzli courir sur les traces d’un boeuf musqué. C’était une femelle Grizzli avec son petit et les filles se trouvaient à peu près à mi-chemin entre l’immense prédateur et sa proie. Le Rangers, en prenant toutes les précautions nécessaires (armé et accompagné), est allé les chercher et les filles furent quittes pour une bonne frousse ! Ce matin, il y a eu une réunion spéciale dans la cabane des chercheurs. Le Rangers en chef lançait un appel à la prudence et les collines seront désormais interdites d’accès jusqu’à ce que cette ourse quitte ce territoire. Donc pas de randonnées dans les collines pour tenter de voir des animaux. Nous resterons tranquilles près du campement. Nous avons profité de cette journée pour cuisiner un pain et des biscuits.

Pour l’instant, le voyage se passe bien. On ne manque de rien, on se porte bien et nous faisons des rencontres intéressantes. Nous avons aussi des conditions météorologiques idéales; il fait relativement chaud, il n’y a pas de glace, à part quelques morceaux de banquise que nous apercevons à l’horizon, et une petite brise nous pousse en général dans la bonne direction.  À partir de maintenant, on s’attend à ce que les conditions changent un peu. On nous dit que plus à l’ouest, après l’île Herschel, il fait plus froid et on devrait rencontrer plus de glace ! 

À 18h00, pile à la frontière de l’Alaska, nous rencontrons notre première barrière de glace. Ça nous rappelle le Groendland! La grande différence est que cette barrière est accompagnée de brume qui devient de plus en plus opaque à mesure que nous approchons de notre point d’arrivée. Soleil de face, nous zigzaguons entre ces monticules de glaces (appelés growlers), formes fantomatiques que nous voyons apparaître autour de nous à une trentaine de mètres, pour arriver enfin à 19h15. Ouf!. Et tout-à-coup la brume se dissipe pour dévoiler une belle baie tranquille et bien protégée de la mer.


Dimanche 21 juillet

Depuis ce matin, nous croisons des morceaux de banquise, longue bande de glace flottante qui nous bouche partiellement le chemin; il faut la contourner. C’est, paraît-il, l’endroit de prédilection de l’ours blanc. Mais on a beau scruter la surface blanche sur des kilomètres, on ne l’a pas encore vu. 

En milieu d’après-midi, à 6 milles au large et à mi-chemin entre la baie Demarcation où nous avons passé la nuit, et Kaktovik, où nous passerons quelques jours, un point orange se profile à l’horizon. Il se démarque parmi tout ce blanc!  Après quelques minutes à bien regarder avec les lunettes d’approche, je distingue nettement la forme d’un bateau rouge qui fait route dans notre direction. Il a l’air d’un bateau de pêche avec ses mats de charge.  À moins que ce ne soit les «coast gards», ce qui serait surprenant ! Je reprends les lunettes et... mais oui, c’est Le Manguier, le remorqueur transformé en bateau de plaisance par Phil le marin! 

  

Quel hasard! Nous nous étions écrit au printemps. Le Manguier partait du sud de l’Alaska à la mi-juin et je savais qu’il était depuis 2 semaines dans la région de Barrow. En faisant une petite recherche sur le net,on découvre une histoire pour le moins intéressante. Bref, une rencontre fortuite en mer de Beaufort, Le Manguier et Balthazar se croisent à quelques mètres de distance, nous nous parlons à la VHF. On se donne des informations pertinentes sur ce qui attend l’un et l’autre sur nos routes respectives. On a juste le temps de s’apercevoir d’un pont à l’autre et on se dit au revoir! On aurait bien aimé se rencontrer au mouillage! 

21h, ancré près du village de Kaktovik.

Claire et Guy


Lundi 22 juillet, 

mer de Beaufort

Nous nous sommes arrêtés à Barter Island, juste pour passer la nuit. Le mouillage était bien protégé des vents d’Est, mais pas de l’Ouest et nous avons dû repartir le lendemain matin pour faire le plus de route possible pour nous rapprocher de Barrow.

Après Barrow, la glace ne risque plus de nous barrer la route. 

En mer de Beaufort, la glace est bien présente même en ce mois de juillet. L’hiver fut froid, et parait-il que la fonte est un peu lente cette année. Nous sommes fin-juillet et c’est un pack de glace morcelé que nous avons rencontré. Cette glace bouge aux grés des vents. Les vents du secteur Est ont tendance à l’éloigner de la côte et ceux du secteur Ouest la ramène pour embêter les voiliers de passage. Nous croisons alors quantité de morceaux de glace, petits icebergs et growlers, qu’il faut contourner. Nous nous relayons, Guy et moi, à la barre toutes les heures pour faire des journées de 10-12 heures, 45 à 60 milles avant de trouver un mouillage pour la nuit aux abords de la côte. 


L’Alaska est bordé par trois mers et un océan. La mer de Beaufort tout au nord, la mer de Tchouktches à l’ouest de la pointe Barrow, la mer de Béring côté ouest et au sud du  Cap du Prince de Galles et enfin l’océan Pacifique, au sud des îles Aléoutiennes.

Nous sommes en mer de Beaufort et ça me fait penser que nous ne sommes qu’au tout début du voyage! Il me tarde de trouver un café internet où nous pourrons enfin mettre nos textes, et peut-être des photos, sur notre site! Pour se faire nous devrons attendre à Barrow, dans environs une semaine. Heureusement que notre fille Joëlle fait le lien sur Facebook.

Nous sommes entrés, hier soir dans un chenal protégé par une barrière de sable et, malgré la brouillard présent ce matin, la pluie et le vent contraire nous pouvons nous rendre au prochain mouillage, situé à 15 milles. Petite journée, car le crachin qui accompagne cette petite dépression rend ces trois heures de navigation inconfortables, froides et humides.

Claire et Guy

 

Vendredi 26 juillet

Enfin sorties de ce mouillage désert ! Trois jours à attendre que le mauvais temps passe. Ce n’est pas si mal d’être obligé d’attendre; on peut lire, regarder des films, cuisiner... préparer la route... mais le simple fait de bouger le bateau, qu’il se déplace vers un but change la donne ! On se sent en action, on sent qu’on fait quelque chose de constructif. C’est le même sentiment qui m’anime quand j’ai un projet qui me tient à coeur. En fin de compte, c’est juste une façon de voir, un changement d’attitude face à l’avenir... Ce qu’on appelle la motivation.


Il est 9 h, je rentre de mon quart d’une heure à la barre. Je me sens comme après une descente de ski, lorsque je rentre me réchauffer avec un bon chocolat chaud ! Il fait 6 degrés ce matin. Pas chaud, mais ensoleillé ! 

On croise quelques glaces qui nous rappellent que nous sommes en Arctique et des barges qui approvisionnent les stations pétrolifères de la région.

11 h. Pendant cette deuxième heure de veille, mon esprit s’envole, car être à la barre me donne du temps pour penser. Je réfléchis au sens de la vie. À ceux qui ont perdu la vie et à ceux qui se l’enlève. À ceux qui n’ont pas cru qu’il restait une petite parcelle de possible, une parcelle d’espoir. 

Mon ami, j’ai dit à ta fille et à ton fils que j’aurais une pensée pour toi lors de ce voyage. 

Claire

 

Samedi 27 juillet

Grosse journée! Nous nous sommes levés très tôt ce matin,  5 h 30, pour nettoyer le fond de la coque d’un déversement de carburant diésel causé par une fuite du réservoir arrière. 

À 7 h 30 nous étions prêts à partir et pensions faire une route de 40 milles qui nous mènerait à Cap Halkett, protégé des vents de l’ouest annoncés pour demain. 

Après 4 heures de route, donc à mi-chemin, nous croisons d’immenses plaques de glace qu’il faut contourner. Ce qui nous fait naviguer dans un dédale de glaces* pour arriver vers 16 h à notre mouillage. Malheureusement, le vent pousse la glace vers cette côte et nous décidons de continuer pour un autre 20 milles (4 heures) et contourner une pointe qui nous protégera un peu du vent et surtout de la glace dérivante.

À 20 h, nous arrivons de l’autre côté et le mouillage est inaccessible à cause de la présence de glace. De plus, le vent d’ouest, annoncé pour demain, se lève, et pousse la glace sur cette côte. Nous décidons de continuer pour nous rendre 30 milles plus loin, près du Cap Simpson. Un brouillard opaque - visibilité 30 mètres - décide de se mettre de la partie et nous rend la vie difficile, d’autant plus qu’il y a encore des morceaux de glaces de bonnes grosseurs qui se dévoilent au dernier moment. Cela nous garde sur le qui-vive et sous une tension constante à la barre. Nous nous remplaçons toutes les heures pour nous réchauffer. Nous naviguons à moteur, vent de face, et bruine fraiche et prévoyons arriver vers minuit, en espérant que le mouillage sera accueillant.


Comme par magie, deux heures avant notre arrivée, le brouillard se dissipe laissant apparaître une petite bande côtière parmi les nuages. Heureusement que le soleil ne se couche pas. Nous, par contre, irons nous coucher et aurons un sommeil bien mérité. Ancré à 0 h 30 près de la côte à 50 milles à l’est de Barrow.

Claire 

  • Lorsque je parle de « glaces », je veux dire des morceaux de 1 mètre de diamètre à 15-20 mètres de diamètre et de 1 à 3 mètres de haut. Je les différencie des « Icebergs » qui sont beaucoup plus hauts. 

 

Dimanche 28 juillet

Aujourd’hui 40 milles à faire pour Barrow. À Barrow,  on peut s’ancrer en mer face à la plage. Prérequis; beau temps. Exclus les vents du secteur ouest et il ne doit pas y avoir  de glaces dérivantes. En option, si la météo est mauvaise, on peut aussi ancrer dans le grand lagon.

Pour l’instant, quel plaisir de savourer une navigation sous voiles dans une mer plate et un petit vent presque chaud! Après 4 heures paisibles avec ce vent de terre de 12 noeuds sur le travers, le vent refuse et passe rapidement à 20, 25 noeuds et un peu plus dans les rafales. Nous naviguons maintenant avec 3 ris dans la grand-voile et un petit bout de voile à l’avant et notre cap nous éloigne de l’entrée du lagon. La température chute à 7 C, la pluie tombe et quand elle cesse c’est pour être remplacée par un brouillard gluant et impénétrable! 


Nous avançons à l’aveugle à plus de 6 noeuds quand nous décidons d’embouquer une des passes qui donnent accès au lagon. Au même moment le vent fait une pause, le brouillard se dissipe et la glace apparaît droit devant! 

Nous démarrons le moteur et mettons 5 heures pour parcourir les 20 milles face au vent pour entrer dans cette passe parsemée de haut fond, et ensuite pour rejoindre le mouillage au Nord-Ouest tout en haut du lagon.

Enfin, à 19h30, l’ancre est bien prise et nous pouvons prendre un peu de repos!  

Nous pourrons ici faire nos courses, le plein de carburant et d’eau, etc. Le seul hic est que la ville de Barrow se trouve à 10 milles de notre mouillage, 3 milles en annexe (canot pneumatique) et 7 milles...sur le pouce!

 Claire et Guy

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