De Gjoa Haven à Inuvik: Claire

18 Septembre 2012 | Commentaire | Dernière publication

De Gjoa Haven à Cambridge Bay et à Inuvik

Lundi 27 août

Notre traversée de deux jours pour arriver à Cambridge Bay s’est bien passée. Nous avons fait beaucoup d’heures à moteur mais terminons sous voile, avec un vent portant qui nous mène à 6,5 nœuds avec deux ris dans la grand-voile. 

Le soleil se montre! Ça faisait longtemps que nous l’avions vu! Ça fait du bien! En début de soirée le ciel bleu fait place aux nuages bien denses et la pluie vient ajouter une touche un peu triste au paysage. Nous arrivons de nuit, une nuit colorée à l'encre noire, et nous ancrons non sans avoir fait plusieurs zigzags pour trouver les fonds propices.


Vendredi 31 août

Hier, nous avons fait une sortie culturelle.  Nous avons passé la journée à filmer des dames Inuits qui préparaient à manger façon traditionnelle; poisson cru, soupe de poisson, pain bannock étaient au menu.

Le Bannick ou Bannock, pain rapide que les Inuits cuisent en friture.

Aujourd’hui, nous avons eu une belle surprise! Deux jeunes filles Inuits de l’école secondaire sont venues nous faire une prestation vocale dans la bibliothèque de l’école.

J’avais demandé à, Renée, la responsable du centre culturel, de me dire si elle connaissait des chanteurs de gorge (chant traditionnel Inuit). Elle m’a dit qu’elle demanderait à deux jeunes étudiantes si elles voulaient bien chanter pour nous… Elles sont venues après les classes!

Quelle surprise de les entendre! C’était fabuleux!

Donna et Judi

Elles chantent de façon parfaitement naturelle, comme un jeu, sans sembler se douter elles même que le résultat est grandiose! Sans à peine bouger les lèvres, des sons sortent de leurs gorges et forment des rythmes étonnants. Elles construisent, par leur voix, des paysages en mouvement, des vols d’oiseaux, des vagues qui déferlent… Toute leur histoire est transmise par ces sons venus du fond des âges, des sons qui nous interpellent et nous transportent dans des contrées inconnues.

Dimanche 2 septembre

Départ de Cambridge Bay, ça y est, nous reprenons la route. Le vent est favorable pour quelques jours, juste le temps d’aller nous abriter dans une baie de Edinburgh Island. Ça nous permet aussi de nous reposer pour affronter la plus grande part de cette étape où nous passerons encore quelques nuits à faire des quarts part temps froid et venteux. J’avoue que ce n’est pas ce qui me plait le plus… C’est peu dire.


Vendredi 7 septembre

Après quelques jours de navigation par bons vents portants qui nous faisaient filer à plus de 5 noeuds, le vent a faibli  et nous avons terminé au moteur. L’arbre d’hélice commence à faire de drôles de bruits et ne tourne pas bien! Guy fait une réparation de fortune en essayant de visser des boulons presque inaccessibles…  Nous éviterons la marche arrière pour les prochains jours.

Nous sommes ancrés depuis hier matin dans une baie protégée, à Pearce Point Harbour. La météo prévoit un fort coup de vent et c’est l’endroit idéal pour attendre que ça passe.


Pearce Point Harbour

Le coup de vent est arrivé ce matin. Nous nous sommes levés tard, 9h00, avons préparé le déjeuner doucement quand tout-à-coup, Guy trouve qu’on s’est rapproché du bord. On regarde par les hublots et on surveille pendant une minute… On n’est pas très sûr. Le sondeur montre que les fonds descendent un peu. Peut-être qu’on tourne sur notre ancre, tout simplement? Guy décide de démarrer le moteur au cas où… 30 secondes plus tard, François dit d’un air dégagé : « On se rapproche du bord ». Guy regarde et saute dans le cockpit en criant : « On s’échoue, tout le monde dehors! ».

Je ferme les feux du café et des toasts et je laisse les gars réancrer le bateau un peu plus loin. On l’a échappé belle!

Après le déjeuner, le vent souffle de plus belle. Il fait froid. Je suis installée sous mon sac de couchage dans mon lit et je les entends discuter de tout et de rien…. Ils parlent de poker, de logiciels, d’argents à la bourse… et de bateaux!

Ils s’apprêtent à jouer aux cartes. Pourquoi pas! Je me joins à eux. 

Dimanche 9 septembre

Nous sommes toujours ancrés à Pearce Point Harbour.  C’est un beau mouillage. Hier, nous sommes allés marcher à terre. Nous y avons trouvé une ancienne base de recherche maintenant à l’abandon, avec ses bâtiments, ses routes, ses pistes d’atterrissages pour hélicos et avion…  Aussi, une cabane de bois, aménagée comme un camp de chasse et pêche; table, chaises, lit, poêle… et plein de détritus et d’objets de toutes sortes… et même une canne à pêche laissée là pour qui voudrait taquiner l’omble arctique.


Nous avons marché jusqu’à la pointe où nous avons observé les vagues immenses qui se fracassaient sur les rochers. Beau et impressionnant de voir et sentir cette force en action.

Lundi 10 septembre

Le temps s’est calmé et nous partons enfin vers Tuktuyaktuk, pour deux jours deux nuits de navigation. Le vent est léger et variable.

Mercredi 12 septembre

Arrivons à Tuktuyaktuk. Après le plein de nourriture et une visite dans le « congélateur communal » (caverne creusée dans le permafrost où les familles congèlent leurs denrées). Nous allons à l’école où nous pouvons nous connecter à internet et prendre une douche… froide.


Nous essayons le téléphone cellulaire et … il fonctionne!!! Nous avons un forfait que nous pensions utiliser tout le long du voyage dans la portion canadienne et c’est ici que nous pouvons enfin l’utiliser. J’appelle mes filles et mes parents qui sont bien contents de m’entendre! Les émotions sont au rendez-vous!

Après tous ces mois intenses avec leurs moments de stress et de fatigue, on dirait que le fait de terminer le voyage fait tomber la pression et les émotions ressurgissent très fortement. Je réalise que j’étais sous tension continuelle, refusant inconsciemment de libérer mes émotions… Des vacances me feront du bien. 

Vendredi 14 septembre

Ce matin, après avoir cherché en vain des cartes nautiques du fleuve Mackensie, nous partons à la découverte de ce plan d’eau inconnu. On nous affirme qu’il est bien balisé… J’espère! Nous ne naviguons jamais sans cartes et partir comme ça est déstabilisant malgré nos cartes électroniques.

Le mal était à prévoir, l’eau est brune opaque et nous nous échouons dans un banc de sable, en fin d’après-midi. Après avoir essayer de tirer le bateau avec l’annexe, de le faire giter en tirant la drisse du haut du mat… nous avons finalement réussi en allant porter une ancre plus loin avec l’annexe et en tirant le bateau avec celle-ci. Ça nous a pris une heure! Ensuite, nous avons cherché un ancrage pour passer la nuit dans le canal. François et Yann étaient dans l’annexe et sondaient les alentours devant le bateau pour éviter un deuxième échouage… Ça nous a pris une bonne heure et demie.

Nous avons ancré à 20h30. Souper et dodo.

Samedi 15 septembre

Grosse journée de navigation dans les canaux de la Mackensie. Nous faisons la vigie deux par deux : un tient la barre et l’autre surveille les environs et essaie de voir les bouées. Celles-ci nous permettent d’éviter les hauts fonds et sont placées (habituellement) de chaque côté du chenal de navigation (bouée rouge à droite, tribord et bouée verte à gauche, bâbord). Ici, c’est n’importe quoi. Les bouées sont très éloignées les unes des autres et le soleil de face, aveuglant, nous rend la tâche plus difficile.

Il fait de plus en plus chaud. On observe ici le résultat d’un micro climat qui permet la présence des arbres. Conifères et feuillus étaient absents dans toutes cette portion de l’hémisphère mais ici on s’émerveille devant de tous petits arbres qui deviennent de plus en plus nombreux. Il fait un temps radieux, la nature est magnifique et on avance bien.

Nous ancrons vers 17.00 heures devant un groupe de petites maisons. Nous allons voir à terre et découvrons un  camp d’été pour jeunes « Reindeer Station ».

Après souper, Yann part en randonnée sur la montagne.

Dimanche 16 septembre.

Nous sommes partis à 8 heures. Nous pensons arriver à Inuvik, notre dernière escale, vers 2 heures cet après-midi. Le temps est partiellement couvert mais il fait assez chaud (7 à 10 degrés).

Nous laisserons le bateau à Inuvik pour l’hiver. Les prochains jours, nous ferons lever le bateau à terre, nous hivernerons le moteur, les réservoirs d’eau et les toilettes… Nous rangerons tout le matériel et ferons nos baguages pour revenir à Montréal via Edmonton et Toronto, en avion.

Le voyage touche à sa fin.

Claire

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