De Pond-Inlet à Cambridge Bay: vu par François

30 Août 2012 | Commentaire | Dernière publication

Notes de François Roberge

Pond Inlet, jeudi le 9 août,

Arrivée tardive en fin d’après-midi à l’aéroport de Pond-Inlet. Je regarde autour…personne pour m’accueillir! En fait Yann est là mais je ne le connais pas et lui non plus…alors la rencontre tiendrait du hasard. Je demande donc à une personne qui elle-même accueille d’autres passagers si on peut m’accorder un lift pour le bord de l’eau (ici, pas de port comme tel). Entre temps, Claire et Guy arrivent en sueur, haletant car ils ont dû courir depuis le bas de la pente du village pour arriver à l’aéroport. Retrouvailles…en route vers Balthazar.

Installation dans mes quartiers pour les deux prochains mois, plutôt excitant et agréable.

Petit tour à l’hôtel du coin, internet via satellite très très lent, impossible d’envoyer des messages à cette heure, demain peut-être.

Le village est décevant, jonché de détritus et plusieurs maisons sont placardées et construites à la va vite. Heureusement, quelques enfants jouent au baseball dans un champ et les gens sont généralement souriants lorsqu’on les salue.

Souper sur le bateau à l’omble de l’arctique, gracieuseté d’un pêcheur local.

Vendredi 10 août,

Journée emplettes, fuel pour le bateau, eau potable et petite épicerie à la vente annuelle de l’entrepôt de la coop locale, on y trouve plein de bonnes petites choses à prix très bas (exemple, une boîte de sauce tomate à 1$ alors que le prix en épicerie est de 5$).

Toujours autant d’insuccès avec l’internet.


Samedi 11 août,

Douches pour tout le monde et derniers petits achats, on part demain.

Dimanche 12 août,

Go, le temps est superbe, on décolle tout en slalomant au travers quelques morceaux de glace qui se promènent dans le port. Après quelques heures, le chenal bifurque vers le nord et là, bingo! De fortes vagues nous accueillent de plein fouet accompagnées par un fort vent dans le pif. Le vent forcit et forcit, les vagues grossissent (1 à deux mètres), on décide le se replier dans une baie protégée à proximité, nous y passerons la nuit.

Lundi 13 août,

Temps calme…on repart, le soleil se montre, la journée sera magnifique. Rencontre magique, un couple de baleines boréales qui se bécotent, se jasent et se minouchent juste à côté du bateau. Le mâle s’est aussi lancé dans de majestueux coups de queue partant de très haut dans les airs…spectaculaire!

En fin d’après midi, le ciel se couvre, le vent se lève, la nuit sera longue…


Mardi 14 août,

Impossible de dormir avant mon chiffre de nuit (trop de manœuvres dues aux coups de vent), la journée se passe dans les vagues, le vent et courant à contre…résultat, fatigue et mal de mer au rendez-vous. Dodo, ça presse. On ne peut s’arrêter car il n’y a aucun mouillage dans cette région, les chenaux empruntés sont bordés de montagnes abruptes plongeant dans l’eau en falaise. On continue toujours et ça brasse.


Mercredi 15 août,

Journée de récupération (goûters légers et repos) toujours dans le vent et les vagues. Le mal de mer se passe et l’appétit revient en soirée, enfin! La navigation 24/24 continue.

Jeudi 16 août,

Nous arrivons à Fort Ross le matin. Nous ancrons et allons visiter les restes du fort ainsi qu’un ancien poste de traite de la compagnie de la Baie d’Hudson qui est toujours utilisé par des scientifiques pour diverses études. Les paysages sont lunatiques (déserts et rocheux), la présence potentielle d’ours nous rend plus prudents. On rencontre un autre bateau qui quitte le fort pour le passage de Bellot et ils nous donnent une carte des glaces à jour qui montre que le passage vers notre prochaine destination (Gjoa Haven) est bloqué. On devra attendre un déblocage… en attendant, bouteilles de vin au menu…


Vendredi 17 août,

Traversée du détroit de Bellot, impressionnant! Étroit couloir entre deux murs de calcaire comme une fente dans la croute terrestre. À gauche le point le plus au nord du continent (Amérique du Nord) à droite une des îles de l’Arctique canadien (Somerset). Depuis le début, l’eau est remarquablement claire et transparente (on peut voir le fond à 20p), la couleur est bleue acier et plutôt verte en zone peu profonde, à bien y penser, c’est la même chose que dans les eaux plus chaudes et la couleur du ciel y est aussi pour beaucoup.

On croise deux voiliers qui veulent se mettre à l’abri car on annonce des vents de 35 nœuds pour les deux jours suivants. On décide d’aller s’abriter de l’autre côté dans une petite baie recommandée par quelques marins qui ont déjà fait le passage (baie Camilla).


Détroit de Bello droit devant.

 

Samedi 18 août,

Après une petite visite à terre pour mieux apprécier la nature et faire un plein d’eau dans un petit ruisseau au fond de la baie (avons aussi remarqué des pistes d’ours fraîches sur la plage), on décide de partir vers le sud car le temps est radieux.

Dimanche 19 août,

Nous avons navigué toute la nuit et avons rencontré nos premiers murs de glace formés de plusieurs morceaux de la banquise qui dérivent vers le nord. Un puissant vent d’est se lève et nous rencontrons un véritable pack de glace qui nous barre complètement le chemin vers notre objectif de la journée (une baie protégée plus au sud). Nous rebroussons chemin et allons s’amarrer sur la côte pour voir la suite. Le vent ne dérougit pas et notre position est fragile (non protégée si le vent devient sud, nord ou ouest avec, en plus, la présence de glaces tout autour qui pourraient nous emprisonner). Nous retraitons donc vers le nord pour aller s’abriter dans une baie mieux protégée. Dure navigation dans les glaces, les vagues et le vent.

Lundi 20 août,

La nuit a été dantesque, des vents puissants (50-70km/h) ont secoués le bateau mais notre position et les deux ancres ont fait le travail. La tempête se poursuit toute la journée et nous demeurons ancrés. Nous avons pu obtenir une prévision de glace et de météo grâce à notre tél satellitaire, nous tenterons une sortie demain (comme à la guerre!).

Mardi 21 août,

On redécolle vers le sud, le temps est gris mais correct, le vent est variable et nous envoie quelques rafales à l’occasion, c’est avec un mélange de voile et de moteur que nous atteignons la petite baie initialement visée deux jours plus tôt. Nous avançons à pas de tortue.

Mercredi 22 août,

Mer d’huile, brume, pluie, moteur…Bof! On nous annonce un vent plus favorable demain.

Jeudi 23 août,

Mer d’huile, brume, moteur…soleil! Courant portant, on file et on attend le vent promis pour terminer le périple vers Gjoa Haven. Finalement pas de vent mais la mer est calme et le courant est fort, on fera la nuit pour arriver tôt demain matin.


Vendredi 24 août,

Gjoa Haven enfin! Arrivée en douceur dans la brume, ancre jetée, dodo, la nuit a été …blanche! Village plus propre a première vue que Pond Inlet, les gens semblent très accueillants, souriant et nous saluant au passage. Recherche pour une douche et lavage de linges…en vain, seule possibilité à l’hôtel où on nous demande 75$ par personne (eh oui!) pour ce petit service. M’entendant discuter avec la gérante pour un meilleur prix (en vain) une dame inuit nous offre d’aller chez elle pour utiliser sa douche et sa machine à laver sans rien demander en retour, l’hospitalité à son plus haut niveau! 

Sa maison est neuve, grande mais le mobilier se fait rare et ne date pas d’hier!  Nous aurons le temps de faire la plein d’eau du bateau et de fixer rendez-vous pour le plein de mazout le lendemain matin. La soirée se termine par une grande cérémonie de remise de diplôme à l’école secondaire (6 jeunes diplômés).


Le seul point négatif de ces belles rencontres (nous avons rencontré la famille de la dame (Lena) et une ribambelle de petits enfants) est la disparition mystérieuse de mes bottes d’eau pendant notre court séjour chez la dame…je suis donc parti avec une autre paire de bottes trouvées dans une boîte dans l’entrée…

Samedi 25 août,

Rencontre d’un autre voilier qui est entré dans la baie pendant la nuit. On nous invite à bord et sur les conseils du capitaine, un habitué du passage du nord-ouest, on retarde notre départ à minuit pour être certains de passer le détroit de Simpson le jour. Ce détroit est plein d’embûches et nous devons être très attentifs aux points de visées sur le trajet. En attendant, on fait le plein d’essence et on reçoit les gens du bateau à notre bord.

Jonatan, un inuit rencontré plus tôt nous donne un morceau de caribou qu’il vient d’abattre.


Dimanche 26 août,

Navigation tranquille toute la nuit et la journée, avons eu crainte de passer le détroit de Simpson dans la brume mais le soleil s’est montré le nez et nous a accompagné toute la journée, du vrai gâteau!

Un bon vent du sud-est se lève et on sort les voiles, nous passerons la nuit sous voiles. Le régulateur d’allure fait cependant un bruit assez dérangeant (les cordes crissent sur les poulies) et nous empêchent de bien dormir dans la chambre arrière, Yann et moi passons une nuit plutôt blanche.

Lundi le 27 août,

La journée est toujours venteuse et le soleil présent. De bonnes vagues arrière nous bercent allégrement et nous terminerions ce transit à la voile. L’arrivée à Cambridge se fait en soirée dans la brume et la pluie, l’ancrage est difficile et nous allons au dodo vers minuit. 

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