Mer du Labrador

9 Juillet 2012 | Commentaire | Dernière publication

Mercredi 27 juin

Ça y est, nous sommes partis ce matin pour faire la traversée du détroit de Davis jusqu’au Groenland, ce qui nous prendra entre 6 et 8 jours, dépendant des conditions de vent.

La météo prévoit des vents portants de 25 à 35 noeuds pour demain et diminuant de 10 à 15 noeuds pour le reste de la traversée.

Aujourd’hui, il fait un peu froid, humide et brumeux. Les vents sont doux (15 noeuds) et nous voguons confiants avec cette excitation des départs et une touche d’appréhension tout de même devant cet océan, dont les réactions nous sont inconnus.


Nous aurons à surveiller de près les Icebergs qui peuvent se trouver sur notre passage et gérer l’humidité et le froid. Nous compensons largement le froid par une alimentation riche. Avant de partir, Nicole et moi avons préparé des repas consistants (ragout de boeuf et légumes, cake de poisson, pains, scones) ce qui nous évitera de cuisiner les deux premiers jours de navigation.

Guy a réparé le système de chauffage et c’est une chance, car il crée une douce chaleur et ajoute une part non négligeable de confort à bord.

Jeudi 28 juin

Nos deux premières journées de navigation sont éprouvantes; pas beaucoup de sommeil, vents forts amenant une forte vague de travers, pluie, embruns qui nous mouillent de la tête aux pieds. Il nous faut gérer le séchage des cirés à bord. Nous n’avons pas de placard destiné et c’est au carré, juste devant la descente là où se trouve la bouche du système de chauffage, que nous les suspendons. Ils sont un peu au milieu de la place, mais bon! Le bateau se retrouve un peu plus encombré... Balthazar est petit!

Nicole préfère rester dehors, car elle ne supporte pas trop le roulis à l’intérieur. La vague de travers produit une allure inconfortable.

Je fais réchauffer le ragoût pour ce midi... Ai-je vraiment faim?

En fin de soirée le vent faibli et tombe, nous partons le moteur. Guy et Yann détectent un iceberg au radar pendant leur quart de nuit.

Vendredi 29 juin

Encore 490 milles à faire avant d’arriver près de Nuuk, au Groenland.

La brume opaque nous oblige à naviguer sous radar. Il est bien utile dans ces régions peuplées d’Icebergs. Pluie, houle, nuages et brume sont à l’honneur. Nous naviguons à moteur.


Toutes les conditions sont réunies pour me donner le mal de mer. D’habitude, je supporte la houle et j’arrive à cuisiner dans presque toutes les conditions. Mais, personnellement, le peu de vent ajouté à une houle de côté m’apporte inévitablement des hauts de coeur. Ce soir, je ne cuisinerai pas. Je ne mangerai pas non plus. Yann se charge du repas et ils mangeront des choux-fleurs gratinés... Je me couche.

En fin de soirée, une petite brise revient, nous remettons les voiles.

Samedi 30 juin

Je me lève un peu barbouillé, mais j’arrive à faire du gruau et à manger quelques bouchées. Je fais une frittata pour le dîner et je me force à prendre un morceau.

On navigue dans une forte houle qui grossit avec les heures... Ce n’est pas bon signe. Est-ce une houle résiduelle d’un fort vent qui souffle plus à l’est ou est-ce annonciateur d’un coup de vent? Si c’est le cas, il faut attacher nos bretelles ça va souffler et la navigation au près sera sûrement des plus humides.

Dimanche 1 juillet

Ouf! Depuis hier soir, le vent a forci, il souffle de 25 à 30 noeuds de l’Est. Les vagues, qu’on évalue de 3 à 4 mètres, sont impressionnantes. Elles montent régulièrement sur le pont et, malheureusement s’invitent à bord par les manches à air de devant. Notre lit est mouillé. Nous fermons les ouvertures de l’extérieur et de l’intérieur.

Nous avons réduit la voilure au minimum, grand-voile à 3 ris et foc «solent». Balthazar se comporte bien et nous pouvons dormir en laissant notre petit bateau et son régulateur d’allure «Cap Horn» gérer la situation. Nous surveillons de près le baromètre et pendant la nuit la pression semble vouloir remonter. Ça me réconforte et ouvre une brèche d’optimisme pour le lendemain.


Guy s’est couché sur le plancher, dans le couloir du carré. Je soupçonne qu’il n’a pas dormi très profondément depuis notre départ. Mais là, curieusement, par ces conditions musclées, il dort enfin! Ça me rassure, car il a besoin d’être en pleine forme pour la suite de cette traversée.

Mardi 3 juillet

Nous approchons de la côte du Groenland. Ce soir, nous souperons et surtout, dormirons dans un petit mouillage protégé et tranquille à 30 miles au sud de Nuuk.

Je me sens fatiguée, mais d’humeur joyeuse ce matin. Pendant mon quart, avec Nicole, nous avons vu un Iceberg sortant de la brume. Le radar nous indiquait déjà plusieurs Icebergs sur notre route et nous devions parfois changer de cap pour les contourner. La brume ne nous permettait pas de voir à plus de 100 mètres. Ce n’est que petit à petit que le brouillard s’est dissipé et notre Iceberg est apparu sur bâbord.

Après avoir croisé plusieurs Icebergs, dont un d’une hauteur impressionnante, la côte du Groendland est apparue dans toute sa splendeur!


Comme une toile monochrome, les montagnes enneigées produisent toutes les nuances de gris. Les contrastes de formes, tantôt courbes, tantôt abruptes, donnent un caractère particulier au paysage. La douceur et la légèreté des nuages côtoient habilement la rudesse et la force des rochers et ajoutent une profondeur et une intensité peu commune à cet environnement.

Mercredi 4 juillet

Nous venons de quitter notre premier mouillage en terre du Groëndland, dans le Buksefjord près de Saatut. Mouillage très tranquille et quelques verres de vin, nous ont permis de passer une bonne nuit.

Nous naviguons en direction de la ville de Nuuk où nous ferons notre entrée officielle ainsi que le plein de nourriture, d’eau et de carburant diésel. Nous avons aussi une bonne lessive à faire.

Il fait vraiment beau, soleil et + de 15 degrés, nous naviguons par les canaux le long de la côte. À mesure qu’on avance, le paysage se transforme découvrant une nouvelle montagne, une nouvelle perspective. Des glaciers descendent vers la mer et les nuages s’amoncellent sur les cimes et longent la côte en apportant leur lot de mystère.


Nous sommes heureux et reposés. Je pense à mes filles, à mes parents qui doivent attendre de nos nouvelles. Heureusement que nous avons un système de localisation Spot, qui nous permet de donner notre position régulièrement, car l’envoi de message ou de courriel n’est pas encore  possible avec Windlink (radio amateur). Nous espérons trouver un café internet à Nuuk.

Vendredi 6 juillet

Pluie et vent. Nous sommes toujours amarrés au port de Nuuk, à l’épaule de bateau de pêches. Le propriétaire du premier bateau de pêche nous a invité à aller prendre une douche et faire notre lavage chez lui! Je mets ça en priorité aujourd’hui! Et je les ai invités à souper pour ce soir.

Il nous faudra aussi faire l’épicerie, malgré la pluie qui n’en finit pas de tomber... Apparemment, les prix ne sont pas si exorbitants que je m’attendais, sauf pour les légumes.

Depuis le départ, on mange beaucoup plus que je ne pensais. Vivre dans le froid a cet avantage qu’on peut manger beaucoup sans grossir, au contraire, je maigris! 

Lundi 9 juillet

Nous quitterons Nuuk demain. Nous avons pu faire ici le plein de nourritures, d’eau et de fuel. Nous sommes dans un port commercial, il pleut presque tout le temps...

Je tenterai de donner des nouvelles prochainement. À bientôt, 

Claire

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